PoutiVerne

...de Moscou à Irkoutsk

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Dimanche, 17 Octobre 2010 18:01 Administrateur

Compteur à NovossibirskMichel n’est pas passé par Novossibirsk. A cette époque, la ville importante était Kolivan, mais entre Omsk et Tomsk, la construction d’un pont ferroviaire sur l’Ob était plus facile 40km au sud, à Krivochtchekovo qui s’appelle maintenant Novossibirsk et qui, de 7000 habitants à la fin du 19iéme, est devenue aujourd’hui la troisième ville de Russie avec plus de 1,5 million d’habitants. Autant dire que l’urbanisme y est du type « orthogonal ».

Irina est journaliste, elle est venue plusieurs fois en France tant pendant la période soviétique qu’après. Elle parle le français mieux que moi le russe et désire mettre ses connaissances en pratique; nous parlerons donc français.

Le programme d’aujourd’hui samedi est chargé : visite de la ville le matin et virée à Kolivan en voiture cet après-midi.

Le centre de la ville est du côté est de l’Ob, c'est-à-dire sur la rive droite car tous les fleuves sibériens coulent vers le nord  donc vers le haut sur une carte normalement orientée. Nous y allons en métro, c’est à 3 stations, soit 3 km. Les métros russes sont des RER.

La comédie, l’opéra, le concert et la danse classique sont très populaires en Russie. Le théâtre de Novossibirsk est renommé mais malheureusement fermé ; comme en France il n’y a pas de spectacle en été. Sur la place, il y a une exposition de photos montrant l’évolution de la ville depuis un siècle.  Au même titre que les villages affichent leur date de création, les jeunes villes sibériennes me semblent à la recherche de leur histoire et de leur identité qu’illustre pourtant l’imbrication de leurs constructions prérévolutionnaires, de leurs monuments soviétiques et de leurs bâtiments  « de l’économie libérale ».

Kolivan qui n’a pas bénéficié de la voie ferrée est toujours un gros bourg sibérien bien situé au bord de l’Ob, mais sur sa rive gauche et non pas sur sa rive droite comme on peut le déduire dans le roman de Jules Verne.  Sa particularité est d’abriter un monastère orthodoxe. Je brûle un cierge pour le salut de mes ancêtres et un autre plus égoïstement pour la protection des voyageurs. Comme dirait Pascal, « 20 roubles, ça vaut le coût de parier ».

La route qui nous ramène à Novossibirsk traverse une forêt riche en champignons si on se réfère au nombre de voitures garées sur le bas côté. Nous tentons nous aussi une sortie mais nous sommes vite chassés par une myriade de moustiques. Comment font tous les petits vendeurs de produits de la forêt qui s’alignent le long des routes?

De retour à la maison, je consulte le site de Laurent, un ardéchois  qui revient de Mongolie en moto et qui me passe le bonjour par l’intermédiaire de Irina qui a fait sa connaissance deux trois jours auparavant  à l’Alliance Française de Novossibirsk. Mauvaise nouvelle, il n’a pas trouvé de train pour rentrer de Olan-Oudé. Bonne nouvelle, il en a trouvé un à Novossibirsk. Je suis encore dans le planning que je m’étais fixé au départ mais je n’ai toujours pas décidé si, pour revenir vers Moscou en train, je le prenais à  Irkoutsk ou si je passais par la Mongolie pour revenir le prendre à Novossibirsk. Je pense que les événements forceront la décision.

Ce dimanche matin, à la demande de membres de l’association d’Aix ou j’apprends le russe, j’ai pour mission de passer au cimetière de Novossibirsk où repose Jean Moisson,  un universitaire toulonnais qui a fait la fin de sa vie en Russie.

Enterré récemment, sa tombe n’est pas encore recouverte d’une stèle qui sera payée par l’université pédagogique de Novossibirsk. A l’entrée du cimetière,  il a pour voisin des généraux de l’armée, des scientifiques, des bourgeois mais aussi des mafieux. Mais comme me le fait remarquer Victor, le mari de Raïca qui est professeur de français à l’université « Jean a toujours été diplomate, il va s’arranger avec tous ».

Les cimetières sibériens sont en forêt  et comme les isbas des villages sibériens chaque tombe est clôturée.

Irina ne conduit pas et c’est dans la voiture de Marie, une de ses amies, que nous allons à Akademgorodok (Академгородо́к). Isolée, la « ville académique » a été créée par l’administration soviétique dans les années 60 pour y regrouper ses scientifiques. Pour les attirer et les retenir, les conditions de vie et de travail proposées y étaient bien meilleures que partout ailleurs en Russie. Si la ville était ouverte, elle était cependant sous surveillance comme me le fait remarquer Irina en désignant l’hôtel où se croisaient les contestataires et les membres de la police politique. Après quelques difficultés au début des années 90, la ville a gardé ses attraits et ses compétences scientifiques.

En revenant d’Akademgorodok, on s’arrête un moment pour visiter le musée du chemin de fer. Je ne sais pas si c’est du aux vacances que je passais chez mon grand père qui était chef de dépôt à la SNCF mais j’aime les trains et les gares. La Russie n’en manque pas. La ligne du transsibérien n’est pas seulement une jolie balade touristique, c’est surtout la colonne vertébrale de la Sibérie industrielle et agricole. La Russie sans ses trains de marchandise gigantesques, c’est comme la Suisse sans ses trains rouges.

A Novossibirsk, comme partout, les fins d’après-midi des dimanches sont calmes et seul la place centrale est animée par un groupe de musiciens reprenant d’anciennes chansons populaires sur lesquels dansent de non moins anciens couples.

Lundi matin tous est gris. L’orage soudain d’hier qui nous avait obligés à nous réfugier sous un véhicule lors de la visite du musée a fait tomber la température de 15 degrés. J’ai du mal à m’extraire du divan après la séance improvisée de karaoké de la nuit. Bref, c’est à 11 heures seulement que j’enfourche ma moto en direction de Tomsk.