PoutiVerne

...de Moscou à Irkoutsk

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Dimanche, 10 Octobre 2010 20:59 Administrateur

Pour aller à Kolmakovo, j’ai le choix de retourner sur la route principale ou de continuer sur l’ancienne comme l’a probablement fait Michel. L’étape du jour qui doit me mener à Novossibirsk étant assez courte, je choisis la deuxième solution. Pour ceux que ça tenterait, il faut traverser la grosse zone industrielle plus ou moins en friche de Koubitchef.

La piste commence directement à la sortie de la ville ; une mauvaise piste en pierres et garnie de nids de poule dont le revêtement s’améliore au fur et à mesure que sa largeur diminue. A Kondousla ce n’est plus qu’une trace à travers les champs et Kolmakovo est encore à 20 km.

Je rentre dans le village et je pose la question à trois paysans attelant un cheval à une tarantass :
-  Izviniti. Vasmojno esdit na Kolmakovo ?
-  Non pas possible, il n’y a plus de route.
-  A kak esdit na Oubinsk
-  Il faut retourner à Koubitchef.
-  Drougoï vasmojnoct este ?
Ils discutent un moment entre eux et je crois comprendre que c’est possible en moto.
-   Il y a une autre solution. A la sortie du village, prendre à gauche à la patte d’oie et ensuite 10 km tout droit jusqu’à un hameau qu’il faut contourner par un tout petit chemin qui donne sur la voie de service du transsibérien ; elle vous mènera  à Kajourla, où vous pourrez rejoindre la M51.
-  Cpacibo Vam bolchoï.

Davaï ! Après 10 km de chemin de champs, j’aperçois comme prévu deux ou trois maisons … et un tout petit chemin à travers les buissons.  Je m’y aventure doucement et soudain, j’entends le train, je lève la tête … et je tombe. Comme par hasard, deux types passaient par là et m’aident à remettre ma moto sur ses roues. Que faisaient-ils là ? Avec un peu de recul, je pense que les gars de Kodoulsa leur ont téléphoné quelque chose du genre : « Vous pouvez regarder si l’abruti de Français qu’on a envoyé par chez vous ne s’est pas perdu ? ». Ca serait conforme au sentiment que j’ai depuis plusieurs jours : la Grande Mère Russie veille sur moi.

Le sélecteur de vitesse ne casse pas quand je le redresse, brave bête !  Une demi-heure plus tard je suis sur la M51.

Un motard en Honda me double et se range sur le coté, je m’arrête aussi. Parti de Omsk ce matin, il va à la concentration de  Novossibirsk. On partage le peu de nourriture et de boisson qu’on a dans nos sacoches. Deux, trois photos et il repart le premier mais je le rattrape peu de temps après ; une seule fesse sur la selle, droit sur sa moto, le bras gauche le long du corps, il a l’air cuit sous sa combinaison de cuir. Faire 500 km de ligne droite à 90 km/h maximum avec une moto de sport ca doit faire mal. Moi, assis dans une position naturelle derrière ma petite bulle, je ne souffre pas trop.

Je ne sors pas de la M51 pour visiter Oubinsk et Kargat. Je sais, ce n’est pas bien, mais les petites routes j’en ai fait assez pour aujourd’hui. Michel pardonne moi !

J’arrive à Novossibirsk à une heure raisonnable. Irina, qui m’accueille pour deux jours, habite le long de la rue « Vatoutina » réputée pour être la plus longue de Russie ce qui est une sérieuse référence.  Ca n’a pas été difficile à trouver.

Après le rituel vespéral : stayanka, chaussons et douche, il reste encore du temps pour une petite promenade dans le parc voisin. Il est entièrement dédié au souvenir de la deuxième guerre mondiale encore très vivace partout en Russie.  Si la Sibérie était loin du front, elle a payé son tribu de soldats pendant les combats : leurs noms, classés par ordre alphabétique, sont inscrits sur un gigantesque mur en face de la flamme éternelle. Décalage horaire oblige, le jour de la victoire est le 9 mai pour les Russes et cette année c’était le 65ieme anniversaire.

Au lit !