Kazan est située à 400 Km à l’est de Nijni. Une grande route large et monotone à travers d’immenses champs de céréales (1000 ans de kacha pour tous au petit déjeuner !) mais la conduite n’y est pas aussi reposante que le tracé ne le laisserait supposer ; il faut rester concentré.
La vitesse y est limitée à 90 Km/h comme (presque) partout en Russie et il est difficile de résister à l’envie d’aller beaucoup plus vite quand la circulation le permet.
Mais la densité de camions sur cette route à deux voies ne le permet que rarement et heureusement parce que la milice (c’est le nom de la police) est omniprésente. Equipée de radars mobiles, elle traque l’étourdi. Avec un peu de pratique on finit par deviner les endroits « sensibles » : les agglomérations où la vitesse est limitée à 60 Km/h, les alentours des intersections en rase campagne, les arrêts de bus et leurs passages pour piétons qui sont limitées à 40 Km/h, les zones de travaux qui s’éternisent, s’éternisent et … s’éternisent.
J’applique le même principe qu’en France et je me cale sur le comportement des conducteurs locaux identifiables à leur plaque minéralogique. La méthode m’a réussi, je n’ai pas été arrêté une seule fois en plus de 8000 Km.
Ceci étant, doubler à 110 km/h est autorisé, utiliser le bas côté pour doubler par la droite est une coutume locale, le dépassement en troisième file ou en présence d’un véhicule sur l’autre voie est normal quand les conditions le permettent. En bref, le conducteur russe utilise au maximum les ressources mises à sa disposition.
L’attention doit être d’autant plus soutenue que l’échantillon de véhicules comprend de vieux Kamaz incapables d’accrocher le 70 km/h et de grosses berlines allemandes que les amendes n’effraient pas (le permis à points a été supprimé).
Je décide de quitter la procession de camions à Tcheboksary pour continuer par la rive gauche de la Volga à travers les forêts de la petite république de Maris (Респу́блика Мари́й Эл). Si vous êtes amenés à circuler dans la région faites comme moi ; arrêtez vous un moment dans la capitale de la république de Tchouvachie puis profitez de routes tranquilles et ombragées jusqu’à Kazan.
Kazan, c’est un peu le « chez moi » en Russie. J’y ai passé 3 semaines en 2008 et je sais que je retrouverai chez Galina toute l’attention qu’elle porte à ses hôtes.
J’arrive avec mes vêtements sales et probablement l’air fatigué. Elle me suggère immédiatement de prendre une douche et d’autorité s’occupe de mon linge et m’envoie me coucher de bonne heure après le repas. Je dormirai dans le salon car cette année c’est Katie, une américaine qui occupe « ma chambre ».
Comme deux ans auparavant, je suis réveillé par le chat, qui entré par la fenêtre, attend que je lui ouvre la porte du couloir vers le petit déjeuner. Dans l’entrée, je retrouve « mes chaussons » et dans la cuisine les blinis, la crème, la kacha, les fruits et les légumes de la datcha. Tous ceux qui ont un temps soit peu vécu en Russie auront noté l’incohérence : j’ai forcément retrouvé mes chaussons la veille en entrant !
Un peu de messagerie sur le PC de Galina et en route pour une balade nostalgique à Kazan. La ville n’a pas beaucoup changé et je vous renvoie à l’article de 2008.
Le soir, Katie est avec nous pour le repas. Le Champagne Russe aidant, les esprits se libèrent et les langues se délient. En fait, c’est surtout ma langue qui se délie parce que Katie qui parle très bien le russe peut m’aider quand je pars dans des explications trop compliquées pour moi.
Le lendemain matin, re-chat, re-petit déjeuner et au boulot, en route pour Elabouga.
Au moment de partir, Galina me donne un cadeau pour ma femme et des bonbons au chocolat pour la route que je glisse dans ma sacoche de réservoir. Dans la journée les bonbons vont fondre !
Pour aller à Elabouga et éviter le flux de camions, je décide de passer par une route plus au nord que la route principale. Elle est marquée en rouge sur ma carte comme celle que j’ai prise avant-hier.
Des camions, je n’en ai pas croisé un. Et pour cause, après une centaine de km la route se rétrécit et se détériore sérieusement. Je demande mon chemin à une équipe de cantonniers en train de reboucher les nids de poules. C’est bien la bonne route. « Da, da. Mamadoucha priama. Tritsat kilometrof bes asfaltom ». Oui, Mamadoucha c’est tout droit, 30 kilomètres de piste. Bon soit. 30 kilomètres c’est faisable. 3 kilomètres plus loin, la piste après s’être réduite à une seule voie à peine marquée, débouche d’une forêt sur une large et bonne piste en terre battue. Ouf ! Je respire, une route de cette taille va forcement quelque part. J’entame ma formation de conduite sur terre et après quelques km, j’ose la vitesse incroyable de 70 km/h. Le plus difficile c’est de laisser ses doigts de la main droite le plus loin possible du levier de frein, surtout quand s’annonce une voiture et son nuage de poussière. Les virages relevés c’est assez marrant quand ils sont à droite. Quand ils sont à gauche c’est un peu plus compliqué.
A Mamadoucha, je rejoins la route principale. Ce n’est pas un joli nom Mamadoucha ? Rien que pour ça, je serais venu là.
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